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vendredi 2 février 2018

Eliza et ses monstres


Eliza et ses monstres, un roman qui parlera à ceux/celles qui ont grandi/évolué avec/sur internet. Un roman qui une fois de plus met en lumière, avec beaucoup de réalisme, toute une génération qui est plus souvent dépeinte d'un œil négatif. Clairement on voit beaucoup plus d'article sur l'addiction aux jeux vidéos et aux réseaux sociaux que d'articles sur l'incroyable richesse artistique qui prospère en ligne dans les communautés de fans. Néanmoins c'est un univers qui commence à se faire de plus en plus de place en young adult contemporain, notamment avec Fangirl, ou plus récemment avec des romans comme Geekerella (pas sorti en version française), et en tant que personne ayant passé beaucoup de temps à évoluer dans certains fandoms, particulièrement via la fanfiction, cela déclenche un vrai intérêt chez moi.

Eliza est une jeune fille qui partage son temps entre deux vies. Dans la vie réelle c'est une adolescente timide et renfermée, préférant la solitude plutôt que perdre son temps avec des adolescents de son âge avec qui elle n'a rien de commun. Sur internet elle est une personne totalement différente. Créatrice d'un webcomic aux milliers de lecteurs, elle se cache derrière le pseudo de LadyConstellation et peut compter sur deux amis fidèles qui sont les seuls à connaître sa véritable identité. Néanmoins les choses se compliquent pour Eliza lorsque un nouvel élève arrive dans son lycée fait entrer en collision sans le savoir ses deux mondes. Wallace est un des auteurs de fanfictions les plus connus du fandom de La Mer Infernale et une surprenante amitié va se créer entre lui et  Eliza, qu'il prend pour une autre simple fan.

Plusieurs thèmes importants sont abordés au fil des pages et notamment la place et l'importance de l'amitié, même en ligne. Si avant l'arrivée de Wallace Eliza ne se mêle pas à ses pairs, elle a cependant la chance d'avoir deux amis qu'elle a rencontré sur un forum il y a plusieurs années : Emmy et Max. Ce sont deux personnes qui malgré les kilomètres la soutiennent dans la gestion de son webcomic mais également dans sa vie quotidienne et ses tracas d'adolescences. Francesca Zappia montre avec beaucoup de justesse la richesse qui peut se dégager d'amitiés s'étant crée sur une passion commune par des gens qui semble-t-il n'ont pas grand chose en commun. Emmy est une jeune prodige, quatorze ans et déjà à la fac, et Max est un jeune homme d'une vingtaine d'année qui est déjà dans la vie active. Dans la "vraie vie" ils ne se seront peut-être jamais parlé et pourtant en ligne ils ont su créer une amitié et s'apporter beaucoup les uns aux autres grâce à leurs différences.

Bien sûr Francesca Zappia aborde aussi internet sous ses angles les moins reluisants, après tout ce n'est pas pour autant le monde des Bisounours. Eliza va parfois devoir subir la pression de ses lecteurs, être confrontée à des trolls, et bien sûr à l'incompréhension de ses proches. Car, et c'est là qu'on peut parler de conflit des générations (et qu'on peut se rapprocher des articles qu'on lit trop souvent sur les communautés en ligne), les parents d'Eliza, et plus tard ceux de Wallace, sont complètement largués face à ce qui se passe sur internet. Si vous avez déjà eu des amis en ligne en étant adolescent/jeune adulte vous relirez certainement des scènes que vous avez déjà du vivre, notamment le fameux "mais t'es sûr.e que ton ami.e en ligne n'est pas en fait un prédateur" que quiconque ayant déjà évoqué ses amis en ligne avec des personnes plus âgées a sûrement entendu. Et je parle même pas de La Mer Infernale qui pour les parents d'Eliza est un petit hobby qui lui rapporte peut-être quelques dollars alors qu'en fait la jeune femme génère bien assez d'argent pour se payer elle-même ses années universitaires !

Au-delà de cela les personnages d'Eliza et Wallace sont très touchants et assez universels, même si le côté "double vie en ligne" ne vous parle pas forcément vous n'aurez pas de mal à vous attacher à eux. Après, et c'est un peu pour cela que ça n'a pas été un coup de cœur pour moi, je déplore que cette romance soit un peu convenue et se construise une fois de plus sur le même schéma que Fangirl par exemple. A croire qu'il faut absolument qu'une fille qui s'épanoui grâce à une vie en ligne riche finisse par s'ouvrir au monde extérieur en rencontrant un garçon... J'espère que cela ne va pas finir par devenir LE cliché pour tout les romans qui traitent de ce sujet, ce serait dommage que des romans qui proposent des réflexions si réalistes et originales finisse par s'enfermer dans une nouvelle problématique.

Bref j'ai passé un super moment en compagnie de Eliza et ses monstres. Les personnages m'ont beaucoup plus et la sensibilité et intelligence avec lesquelles Francesca Zappia traite son sujet m'a touchée. De plus le roman est jalonné par divers images du webcomic de Eliza, c'est un ajout appréciable et qui apporte une vraie plus-value à l'objet livre (d'ailleurs en cherchant quelques infos, il me semble avoir compris que c'était l'auteure elle-même qui avait dessiné toutes les planches).


6 commentaires:

  1. Doit y avoir quelque chose qui cloche chez moi, j’arrive toujours pas à être emballée par ce livre... 😅

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  2. C'est chouette que l'auteure aborde le sujet d'internet sans juger comme ça. Ou en tous cas, comme tu en parles, j'ai l'impression que c'est fait d'une manière intelligente, sans rejeter tout se qui passe en bloc, et ça, ça fait du bien.
    Un livre qui me tentait déjà par sa couverture mais qui me tente encore plus par ton avis/

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    1. C'est exactement ça !
      J'espère que tu auras l'occasion de le lire :)

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  3. Sur le coup en lisant Fangirl, ça ne m'avait pas dérangé que Cath s'ouvre au monde en se liant à un garçon. C'était le premier roman que je lisais de ce genre. Mais ta réflexion est hyper intéressante :)
    Il est vrai que si tous les romans plongent dans ce schéma, ça pourrait devenir redondant.

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    1. Cela ne m'avait pas dérangé à la lecture de Fangirl non plus mais en lisant ce roman-ci on fait forcément le parallèle entre les deux, principalement à cause des thèmes très similaires, et ça m'a sauté aux yeux. Après c'est peut-être une coïncidence, je l'espère d'ailleurs, et le plus important c'est que ça ne devienne pas un cliché qui revient encore et encore.

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❤️